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Richard Stallman, en tournée en France, pour la sortie de sa biographie

Richard Stallman - © DR
La venue de Richard Stallman en France -comme ailleurs- est toujours un événement. Ce pionnier du logiciel libre est un gourou technologique, mais aussi un philosophe. Et pour la sortie de sa biographie autorisée, il ne pouvait pas ne pas être convié à s'exprimer. Avant une visite à l'école de management de Grenoble et aux rencontres d'Autrans, il a fait une escale dans les locaux de son éditeur français, Eyrolles, Boulevard Saint Germain, à Paris. Dans un amphithéâtre, ce drôle de professeur nous a offert un cours sérieux, joyeux et quelque peu iconoclaste. A ne pas rater, un étonnant et jubilatoire épisode aux alentours de la 45eme minute, où le gourou, déguisé en Saint-Ignusus, ironise sur son propre personnage.


Richard Stallman et la révolution du logiciel libre
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couv livre - © DR
C'est tout naturellement, puisqu'il était aussi venu pour son lancement, que Richard Stallman a commencé son discours par quelques mots sur sa biographie autorisée, écrite par Sam Williams, traduite par Framasoft puis relue et enrichie par Richard Stallman. « J'ai gardé le point de vue de Sam Williams, a-t-il expliqué en substance, dans un français parfait mâtiné d'un léger accent. Je n'ai pas éliminé les critiques. J'ai répondu à ces critiques et corrigé les faits erronés. » Histoire de montrer les deux côtés de la controverse. L'ouvrage est disponible en librairie mais aussi, bien entendu, en téléchargement libre chez Framasoft .

Il ne fallait qu'améliorer le monde. L'emploi idéal

Le livre raconte l'histoire étonnante de ce passionné d'informatique qui a commencé à 16 ans dans les années 70, puis a découvert le hacking avant de devenir l'une des figures emblématiques du logiciel libre. Après IBM et Harvard, il entre au MIT (Massachusetts Institute of Technology). «Dans le laboratoire d'intelligence artificielle, tous les logiciels, tous les OS étaient libres, développés par les hackers du labo. J'étais engagé pour participer, dans leur équipe, à améliorer le système. L'emploi idéal pour moi, il ne fallait qu'améliorer le monde. À moi de le décider, mais avec les autres... »

Un peu plus tard, il évoque 1983 et la sortie de son propre OS, GNU. Gnu is Not Unix, un acronyme récursif... « La chose la plus importante de ma vie si ça marchait, ou alors peut-être une simple blague... » Un prétexte pour un petit rappel sur le logiciel libre, face à un auditoire fasciné qui, pour partie, découvre cet étonnant « geek », barbu et philosophe.

« Nous n'avons pas encore gagné, car nous n'avons pas libéré tous les utilisateurs de l'IT. » Et d'évoquer en vrac Microsoft, Apple et Adobe. Il reste « encore beaucoup de travail à faire pour que le logiciel soit libre, que les utilisateurs soient libres. Le logiciel libre respecte la liberté de l'utilisateur. Mais attention, il ne s'agit pas de gratuité. Pensez à la liberté de la parole, pas à la bière gratuite! […] Le logiciel libre encourage la collaboration entre utilisateurs. le logiciel « privateur » interdit la coopération. » Puis, évoquant d'éventuelles différences de qualité entre le logiciel libre et le logiciel propriétaire, il assène : « Parfois, la liberté exige un sacrifice. »

Le logiciel libre, un mode de pensée au delà de l'informatique

Richard Stallman s'autorise ensuite sans complexes quelques incursions dans la politique française à propos de « lois Davsi, Hadopi, injustes pas seulement à cause des moyens qu'elles emploient, mais aussi de leur but : interdire la fraternité en attaquant la liberté. » Pour lui, le logiciel libre n'est pas qu'une marotte d'informaticien, mais bel et bien un mode de pensée qui se prolonge bien au delà de l'IT. Ainsi, à propos des logiciels « propriétaires » (par opposition à libres) installés dans les écoles, il explique qu'il les considère « comme les drogues addictives. Les entreprises donnent la première dose gratuite. C'est l'enseignement de la dépendance.[...] Il faut enseigner le chemin vers la liberté, la pratique de la fraternité, l'esprit de bonne volonté, d'aider le prochain. […] Mais il y a d'autres menaces à notre liberté dans l'IT. Ainsi, chaque année, il y a plus de surveillance. En Angleterre, on note tous les mouvements des voitures... »

Si il rappelle son point de vue sur les brevets logiciels, ou la menace des logiciels en SaaS ou de Google Doc, il n'oublie pas que les modèles libres ou la fin des droits d'auteurs posent la question douloureuse de la rémunération des artistes. Il ébauche quelques solutions de rémunération et évoque le principe du mécénat global (imaginé par le chercheur Francis Muguet) et d'une rémunération unique de chaque internaute pour chaque œuvre, dont le total est partagé entre les artistes.

A voir : La vidéo de Richard Stallman chez Eyrolles à Paris, le 12 janvier 2010